COMPTE RENDU Projection-débat : comment répondre au défi énergétique ?

Le jeudi 31 Janvier, le Noise ESSEC organisait un évènement autour des énergies renouvelables. Au programme : projection du documentaire Watt If, court-métrage présentant six initiatives de solutions énergétiques durables à travers le monde, puis une discussion en compagnie de :

  • Patrick Behm, fondateur d’Enercoop (fournisseur français d’électricité renouvelable comptant plus de 25000 clients),
  • Alexandre Raguet, fondateur de Lumo, plateforme proposant des investissements verts aux particuliers et entreprises pour leur épargne,
  • Julien Bueb, économiste chez France Stratégie, institution rattachée au Premier ministre qui détermine les grandes orientations pour l’avenir de notre pays

Petite conférence, grand message

Pourquoi sortir de son quotidien pour venir à ce type de conférence ? C’est un mini effort pour un grand rendement, petit principe de vie qu’on pourrait appliquer de manière générale à l’engagement citoyen dans l’écologie. Un grand rendement car cela permet d’entendre des personnes plus expertes parler d’un sujet ô combien urgent et parfois obscur – (non pas sur un écran mais dans la vraie vie, avec d’autres vraies personnes), de débuter et/ou prolonger sa réflexion, in fine de voir que des solutions existent.

Le court-métrage Watt If présente six initiatives citoyennes innovantes dans la production d’énergie. On y découvre par exemple qu’au Sénégal, une association produit du charbon biologique par la combustion d’une plante parasite (« Rien ne se perd, tout se transf…. » CQFD), qu’à Manille, on fabrique des lampes solaires pour éclairer les communautés les plus isolées, ou encore que près de chez nous en France, Enerterre isole durablement les maisons grâce à des matériaux biosourcés. Si je n’en cite que la moitié ici (pour préserver un peu de suspense et encourager à visionner le documentaire), j’ai été impressionnée par toutes ces initiatives, qui non seulement trouvent des alternatives innovantes aux produits fossiles, mais travaillent également à renforcer le lien social des communautés adressées, et à diffuser l’information pour une consommation énergétique plus durable.

Énergies renouvelables et sobriété énergétique

Toutefois, sans dévaloriser cette première partie projection, c’est le moment du débat qui fut le plus réjouissant. De par la diversité d’opinions des intervenants, tout comme leur égale complémentarité, cette discussion nous a fourni des informations précieuses sur la transition énergétique. Patrick Behm s’est d’ailleurs empressé d’en rappeler les trois piliers après s’être brièvement présenté : d’abord la sobriété énergétique, puis l’efficacité énergétique, et ensuite seulement les énergies renouvelables.  Un ordre de priorité que Julien Bueb a approuvé vivement, expliquant que la sobriété énergétique reste une grande oubliée du développement durable, notamment parce qu’elle est jugée moins populaire que les autres solutions. Selon ce dernier, la croissance verte est illusoire car les soi-disant sauts technologiques permis par les nouvelles énergies comportent des oublis fondamentaux. Armé d’un powerpoint savamment préparé, il nous démontre la nécessité d’un « rattrapage social-écologique ».

Là se dessine la dissonance entre les intervenants : Alexandre Raguet n’est pas un grand adepte de la sobriété énergétique, sa profession le montre. Il croît davantage au potentiel des énergies renouvelables. Argument pertinent à prendre en compte : comment prôner la sobriété dans un pays en plein développement économique et énergétique ? Julien Bueb renchérit en expliquant que la sobriété est évidemment le grand défi des pays développés. Argument que partage Patrick Behm ; ce dernier a rejoint le laboratoire de l’ESS et travaille tout particulièrement sur la sobriété énergétique. Un point les rassemble chaque fois sans faute : chaque pilier de la transition énergétique est indispensable, le débat ne se fait que sur la priorisation de l’un sur l’autre.

Quelle action privilégier et vers qui se tourner ?

Enfin, plusieurs questions des étudiants permettent d’élargir la réflexion. On débat sur le problème des terres rares dans les panneaux solaires (jugées dérisoires par les trois, comparé à ce que l’on trouve dans tous nos smartphones et ordinateurs), de « low tech » (sobriété technologique), de la difficile conciliation entre performance économique et efficacité écologique (et/ou scientifique).

Certains étudiants n’en démordent pas et sous-entendent une inefficacité de l’État face à ces problématiques. Les trois intervenants modèrent cet argument mais s’accordent à dire qu’il reste beaucoup à faire, et qu’il faudrait notamment mettre en place des instruments incitatifs forts pour que les entreprises réduisent leur empreinte écologique.

Ils s’accordent enfin à dire que si la prise de conscience citoyenne est cruciale, il est nécessaire de mettre en place des actions communautaires. Changer son comportement à titre personnel est une initiative louable et décisive, mais la situation nécessite une mobilisation des actions à toutes les échelles (citoyenne, communautaire, urbaine, régionale, étatique, européenne, mondiale). Le documentaire visionné en est ainsi une illustration positive, montrant que la transition écologique se nourrit de mille solutions, et qu’il est possible de changer les choses en partant de presque rien.  

Justine Taillefer

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