Combattre la pollution digitale selon Inès Léonarduzzi

Fondatrice et présidente de Digital For The Planet mais pas seulement, Inès Léodarduzzi, raconte son parcours et son engagement pour l’écologie digitale. « J’appelle mon métier « Global sustainability activist », le fait de penser l’écologie sous le prisme de l’environnement mais aussi celui de l’humain. Selon l’ONU, les femmes sont la première population à être impacté par le dérèglement climatique. J’ai 30 ans et je viens seulement de comprendre ma vocation. J’espère juste qu’un jour ça n’en sera plus un car tout le monde sera un global sustainability activist dans l’action quotidienne et le regard porté sur le futur».

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Inès Leonarduzzi fait partie de la génération des « slasheurs ». Exdigital et Retail strategist au sein de maisons de luxe, auteure d’une méthode de management, créatrice d’un brunch clandestin, elle met sa jeune carrière entre parenthèses pour se consacrer à deux projets conséquents. Le premier, « Women Inspiring Talks », une association basée à Paris et Barcelone réunissant des femmes entrepreneures qui prennent la parole et participent à des initiatives humanistes à travers le monde (NDRL : la prochaine aura lieu à Alger en avril 2018). Le second, « Digital For The Planet » la première ONG à se tourner exclusivement vers des actions concrètes en réponse à la pollution digitale.

Des chiffres à la prise de conscience

Un rapport de l’ADEME apporte des conclusions préoccupantes au sujet de la pollution émise par la consommation digitale. Selon ce rapport, la pollution générée par l’industrie du numérique est quasiment équivalente à celle émise par l’industrie aérospatiale mondiale. Un mail avec une pièce jointe de 100 Mo consomme autant d’énergie qu’une ampoule restée allumée pendant une heure, sachant que 228 milliards de mails on été envoyé en 2016 et ce nombre ne cesse n’augmenter.

Inès Leonarduzzi raconte sa prise de conscience au sujet de la pollution digitale, elle qui travaillait auprès d’entreprises dans le cadre de leur transformation digitale. C’est en randonnée il y a un an, sur les hauteurs de Côme en Italie qu’elle reçoit une notification push tout en haut d’une montagne et se questionne sur l’impact de celui-ci. « C’est comme si l’air était connecté ». Elle entreprend alors des recherches à ce sujet. « J’ai cherché de l’écho dans de nombreux pays. Je me suis aussi aventurée sur des sites de média écologistes chinois, écrits en idéogrammes. Là encore, rien ». Mais malheureusement peu de documentation est disponible à ce sujet. Un rapport Greenpeace et une étude de l’ADEME en mains, Inès comprend que le phénomène va grandissant et décide de créer un écolabel certifiant. « Ces études indiquent que les gros foyers de pollution numérique se trouvent sur les lieux de travail, essentiellement dans les sièges des grandes entreprises ».

Digital For The Planet, un Earth Global Project

« Beaucoup d’entrepreneurs, de startups s’activent dans le sens de l’énergie renouvelable. Mais ce qu’on observe, c’est que les efforts sont parsemés ci et là, désagrégés de telle manière qu’il n’y a aucune force de frappe, rien pour faire caisse de résonance. Il faut un acteur reliant toutes les parties prenantes qui garantisse la promotion et l’innovation continue de l’écologie digitale. C’est spécifiquement le rôle de Digital for The Planet ».

Ce dernier est un Earth project global qui ne doit plus exister dans dix ans. « On travaille actuellement sur une technologie responsable de machine learning, ce qui nous confère une image startup, l’idée est d’apporter de l’impact, faire ce qu’on a à faire et passer à autre chose ».

Trois enjeux son au coeur de ce projet. Premièrement, la création d’un premier écolabel européen qui certifie en faveur de l’écologie digitale les grands groupes d’entreprise, les institutions. Elle explique avec enthousiasme le deuxième: « Nous réunissons, autour de nous, les cleantech européennes afin de promouvoir leurs solutions et être capable d’apporter rapidement les bons outils aux stratégies digitales écologiques des entreprises. On réalise que beaucoup de startups développent des technologies incroyables mais ont plus de mal à les commercialiser. On ne se rémunère pas sur cette partie-là. Notre veille active et la mise en relation est essentielle pour faire grandir rapidement la transition 2 sur 3 digitale écologique. Nous l’envisageons comme l’altruisme inhérent à l’économie circulaire et c’est profondément dans l’adn de DFP »   Enfin, tous les bénéfices engendrés par la certification des entreprises sont réinvestis dans des startups clean-tech, « C’est gratifiant de pouvoir créer des cercles vertueux, des dynamiques de pure économie circulaire. Chez Digital For The Planet, on parle d’éco-bienveillance plus que d’éco-responsabilité : les « bad guys » d’hier deviennent les héros de demain. C’est une idée qu’on aime beaucoup».

Une écologie pour tous

« Quand l’évolution ne vient pas par le haut, la révolution doit venir par le bas. Il est essentiel que chaque citoyen agisse à son niveau, que chaque citoyen porte l’exemple. ». Quand je questionne Inès sur la manière dont chacun pourrait contribuer à l’écologie digitale, elle me propose des solution simples et à la portée de tous. Sur un ordinateur comme sur un téléphone portable, les notifications consomment énormément, « c’est comme si ton téléphone était en alerte permanente pour te tenir au courant en temps réel. », tout comme le wifi ou le bluetooth qui sont à déconnecter « de manière instinctive ». Plusieurs extensions à ajouter au navigateur de l’ordinateur sont disponibles, « The Great Suspender » sur Google Chrome par exemple. Ces modules permettent de désactiver les notifications au besoin, ce qui permet à la batterie de se décharger beaucoup moins vite. Enfin, des moteurs de recherche, Lilo, Ecosia et d’autres permettent de consommer internet autrement en aidant des associations ou planter des arbres à chaque recherche effectuée. Pour aller encore plus loin, acheter un « Fairphone » est pour ainsi dire, la solution ultime. Le Fairphone est un téléphone conçu avec des matériaux responsable et recyclables tout en garantissant de meilleures conditions de travail aux fabricants de ces merveilles. « Je dois être honnête, j’ai encore du mal à me séparer de mon iPhone, mais dès lors qu’il faudra équiper notre équipe de téléphones pro, je nous achèterai à tous des fair phones. »

A partir du mois de juin, Digital For The Planet organisera un grand débat citoyen digital avec le cabinet Bluenove. Spécialiste de l’intelligence collective, celui-ci a organisé des grands débats en ligne pour Harvard ou encore The Future Society sur le sujet de l’IA. Chaque citoyen sera alors invité à proposer ses solutions, ses opinions et son avis autour des questions ouvertes qui seront posées. Inès insiste sur l’importance de « définir un futur souhaitable de manière collégiale ». « Il est important qu’on construise ce projet de manière citoyenne. La meilleure façon de faire adhérer les gens à un projet c’est qu’ils en soient les initiateurs. On n’impose jamais sa lumière aux autres, on leur révèle simplement la leur. »


Le 18 avril prochain, Inès interviendra à la Sorbonne dans un événement co-organisé avec l’association étudiante NOISE pour raconter pour la première fois les prémisses et le programme du projet. Ce sera l’occasion de poser des questions à la fondatrice de ce projet définissant le futur du prochain enjeu écologique mondial.

Justine Bigel, Noise Sorbonne

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