Brève histoire d’un lieu : La C.A.F.é.S

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Photo de la C.A.F.é.S au 28 rue des saint-pères (© Laure de Bokay)

Un jour, je me suis arrêtée. Je buvais un thé à la C.A.F.é.S et, pour une fois, j’ai pris le temps de regarder l’espace qui m’entourais. Nouvelle étudiante à Sciences Po, j’avais de suite aimé l’atmosphère conviviale de ce lieu quand on m’y avait emmenée en début d’année : sur un fond de musique, c’était des sourires qui dansaient et l’odeur d’un bon café qui s’évaporait dans l’air. Mais ce jour-là, j’ai eu envie de comprendre ce lieu, son histoire, son organisation, ce qui faisait que je m’y sentais bien. J’y observais les étudiants qui entraient et sortaient en cadence, et écrivais les quelques questions qui me venaient par la tête.

Ce petit article est le fruit de mon étonnement et de ma curiosité, que les étudiants engagés dans la C.A.F.é.S ont accepté de nourrir de façon collaborative et autogérée. Raconter l’histoire et l’organisation de la C.A.F.é.S est une invitation… à (re)découvrir un lieu qu’on connait, à mesurer l’ambition d’un projet étudiant vertueux.

L : On parle beaucoup des pavés parisiens mais peu des pavés de Sciences Po. Pourtant il y en a. En quelques mots : P.A.V.é.S, c’est quoi, c’est qui ?

C.A.F.é.S : P.A.V.é.S, pour Plateforme Autogérée à Visée Ecologique et Solidaire est l’association qui porte le projet C.A.F.é.S depuis 4 ans. Il s’agit d’une association d’étudiant.e.s de Sciences Po née après les émeutes de 2005 en banlieue parisienne, ayant pour objectif de continuer à faire vivre ce mouvement de lutte et de résistance à l’oppression. Depuis P.A.V.é.S a bien changé. Elle a conservé son mode de fonctionnement en autogestion, c’est-à-dire sans hiérarchie, sans responsable et sans bureau, et s’est constituée autour de trois projets majeurs : une AMAP étudiante (SciencesPotirons), une cafeteria autogérée (C.A.F.é.S) et une Semaine de l’Agricuture Paysanne.

Le principe de P.A.V.é.S est de permettre à toutes personnes ayant un projet en lien avec l’écologie et la solidarité de le mettre en place, de trouver des ressources financières, techniques, logistiques, humaines (surtout !) et un espace d’accueil. Ainsi, tout au long de sa vie, P.A.V.é.S a permis de monter un atelier vélo, des conférences sur les perturbateurs endocriniens, le festival Alimenterre, une commande groupée de coupes menstruelles, des actions pour la COP21 en 2015…

: Pourquoi avoir créé la C.A.F.é.S et pourquoi s’y engager ?

C.A.F.é.S : C.A.F.é.S (Cafeteria Autogérée à Visée Ecologique et solidaire) est une cafeteria pas comme les autres, puisqu’elle est autogérée, par pour et avec les étudiant.e.s. Elle permet aux étudiants de Sciences Po de trouver une offre de produits sains, de qualité, moins chers qu’au CROUS, labellisés BIO, commerce équitable ou d’origine locale. L’objectif de CAFéS est, tout en sensibilisant les étudiants à une alimentation saine et durable, leur proposer une offre à moindre coût et surtout, créer du lien (l’un des principes clefs de P.A.V.é.S) !

Ilytie : de mon côté, l’engagement est venu de ma volonté utopiste de changer le monde, et de changer notre manière de consommer et d’agir au quotidien ! D’un côté plus pragmatique, j’étais déjà engagée dans une cafet’ autogérée au lycée et est souhaité continuer l’aventure à Sciences Po !

: La C.A.F.é.S a des prix imbattables et fait même concurrence au CROUS. Comment faites-vous pour proposer des prix aussi bas ? Faites-vous des bénéfices ?

C.A.F.é.S : Eh oui ! C.A.F.é.S bat tous les records, même en termes de prix ! Les prix que l’on propose sont bas parce que nous n’avons pratiquement pas de frais de fonctionnement. Sciences Po nous offre l’espace, l’eau et l’électricité en échange d’un service rendu bénévolement aux étudiants. Nous revendons donc les produits (presque) au prix de revient de nos fournisseurs. Nous faisons néanmoins des bénéfices qui nous permettent de changer des équipements usagers ou cassés ainsi que d’être confortable s’il survient un problème. Nous les reversons aussi forme d’appel à projet à destination des autres associations de Sciences Po !

: Vous espérez inciter à un nouveau mode de consommation plus respectueux de l’environnement. Comment choisissez-vous vos fournisseurs et les plats proposés ?

C.A.F.é.S : Effectivement, l’une des valeurs les plus importantes de la C.A.F.é.S, qui en fait notre ligne de conduite pour le choix des produits est l’écologie et le respect des producteurs. Nous nous fournissons chez trois entreprises différentes : les soupes viennent du Potager de l’Epinay, la même qui fournit les paniers de Sciences Potirons à Rambouillet, le café est un café péruvien acheté à l’entreprise EkitaCafé. Le reste de nos produits est fourni par la BioCoop Welcome Bio, basée à Bastille mais tributaire du réseau BioCoop. Autour de cette question, il y a toujours eu des débats : doit-on acheter à un supermarché, même s’il est bio ? Que signifie Commerce équitable pour le café et le thé ? Doit-on accepter d’élargir notre gamme de produit en multipliant les intermédiaires alors que nous nous éloignons du principe de circuit-court ? Mais pour l’instant, nous en sommes arrivées aux décisions collectives qui nous ont permis de mettre en place la carte que nous proposons aujourd’hui !

L : La C.A.F.é.S est un aussi un lieu d’expression et de sensibilisation (affiches zéro déchet, stickers, pot de collecte pour les maraudes…). Pouvez-vous nous en dire plus sur ces actions ?

C.A.F.é.S : C.A.F.é.S organise différents événements au cours de l’année et propose à d’autres associations des partenariats pour, à nouveau, tisser des liens et permettre à d’autres organisations de bénéficier du projet.

Ainsi, l’objectif de C.A.F.é.S est de devenir l’un des lieux clefs de rencontre et d’inter associatif de Sciences Po, dans une optique solidaire et écologique. Nous organisons entre autres chaque année l’Anniversaire de C.A.F.é.S en mars, la journée des poèmes en avril, nous avons participé cette année à la semaine européenne de réduction des déchets en organisant une semaine vrac.

Mais C.A.F.é.S favorise aussi l’inter associatif ! Une fois par mois environ, nous ouvrons C.A.F.é.S pendant les soirées jeux de rôle ou jeu de société organisées par l’association Rolling Dice. Nous proposons un système de collecte de don pour Sciences Po Refugee Help et Paris Solidaire, et nous préparons la mise en place d’une bibliothèque autogérée avec le café litté du BDA, sans oublier l’appel à projet dont les candidatures se font au premier semestre de chaque année universitaire !

L : La CAFéS a ouvert en 2012 et attire tous les midis des étudiants qui font la queue jusque dans le couloir. Qu’est-ce que vous avez envie de leur dire Est-ce que vous avez noté une évolution depuis les 5 dernières années ?

C.A.F.é.S : Aux personnes qui râlent parce que le service est trop lent, on répond toujours : « n’hésites pas à venir m’aider derrière le bar au lieu de râler… », ça marche à tous les coups, les personnes comprennent que nous sommes bénévoles, que cette cafet’ est aussi la leur et qu’on attend qu’eux pour venir nous aider ! A tous les autres, juste merci de faire vivre cette cafet’ et d’en parler autour d’eux ! Le bouche-à-oreille est la recette du succès (et le sourire aux lèvres des permanencier.e.s, et la bonne musique aussi !).

L’évolution a été incroyable. Tout a démarré d’un projet collectif, qui s’est concrétisé. La première année, CAFéS faisait une centaine de cafés par jour. Aujourd’hui, on est capable de vendre un menu complet. On fait près de 400 cafés par jour et 80 repas. C’est ENORME !

L : La C.A.F.é.S, vous la voyez comment dans cinq ans ?

C.A.F.é.S : Dans 5 ans, on espère que CAFéS aura trouvé sa place dans les bâtiments de l’Artillerie, sur le tout nouveau campus de Sciences Po qui devrait ouvrir ses portes en 2022. Il s’agirait d’un espace plus grand, permettant d’être plus à l’aise pour servir nos produits et surtout de créer un véritable espace d’échange et d’inter associatif.

On pense aussi à faire faire des petits à notre cafet’ préférée ! Eh oui ! Un groupe d’étudiant.e.s s’est d’ailleurs penché sur la question cette année. En effet, nous sommes très sollicités par des étudiants d’autres universités pour partager notre expérience sur le montage d’une cafet’ autogérée et un groupe a décidé de développer ce volet d’expertise que nous avons acquis au fil des ans. On attend avec impatience ses nouveaux CAFéS partout en France et à l’étranger !!

 

Laure de BOKAY, Pôle Urbain du NOISE Sciences Po

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