La finance responsable pour changer le monde

La finance, un grand mot, synonyme d’El Dorado pour les uns, et de monstre à abattre pour d’autres. Il est vrai que depuis la crise de 2008, ce secteur de l’économie est devenu un véritable épouvantail pour tous les étudiants qui revendiquent des convictions sociales et écologiques fortes. Comment ne pas les comprendre après tout ? Depuis les années 1980, les dérégulations et déréglementations dans ce domaine ont mené le monde vers une succession de crises financières que les populations ont du payer au prix fort. Elle a été un des principaux vecteurs de l’accroissement des inégalités sociales dans le monde. De plus, on ne peut nier le lien étroit qui lie les grandes banques aux entreprises des industries les plus polluantes. Bref, la finance, c’est le mal incarné, on le sait depuis des années maintenant.

Pourtant, depuis quelques années, on ne cesse d’entendre parler d’un nouveau concept, un oxymore pour certains : « la finance responsable ». Les plus sceptiques diront que c’est un simple changement de stratégie marketing des banques et des multinationales pour redorer leur image. Les plus optimistes quant à eux y verront une véritable opportunité de changer le monde. Mais au fond, qu’est-ce donc que la finance responsable ?

L’Investissement socialement responsable, un changement de mentalité

L’investissement socialement responsable (ISR) existe depuis bien plus longtemps que l’on pourrait le croire. Il trouve ses origines dans le mouvement religieux Quaker, un mouvement philanthropique né au XVIIIème siècle engagé contre l’esclavage et toute forme de violence. Au XIXème siècle, plusieurs mouvements religieux aux Etats-Unis interdisaient à leurs membres d’investir dans l’armement ou l’alcool. Néanmoins, on date la véritable naissance de l’ISR à partir de 1971, année à laquelle deux pasteurs de l’Eglise méthodiste Luther Tyson et Jack Corbett lancent le Pax World Found, un fond d’investissement qui s’interdit d’investir dans les entreprises liées à l’armement. Enfin, depuis 2006, l’ONU reconnait l’ISR en intégrant les principes de l’investissement responsable (UNPRI) dans Global Compact.

On distingue habituellement quatre grands types d’investissements socialement responsables :

  • La sélection ESG : C’est le cas lorsque les investisseurs sélectionnent les entreprises dans lesquelles ils vont investir selon des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). La méthode la plus utilisée est l’approche « Best in class », qui consiste à investir dans les entreprises les mieux notées selon des critères extra-financiers.
  • L’exclusion : L’approche dite « exclusive » consiste à s’interdire d’investir dans des entreprises liées à des secteurs nocifs pour la société et l’environnement, tels que le tabac, l’armement ou encore l’industrie pétrolière. Aux Etats-Unis par exemple, plusieurs fonds ISR excluent le secteur du nucléaire.
  • L’approche thématique : Elle consiste à choisir les entreprises dans lesquelles investir selon un secteur d’activité particulier comme par exemple les énergies renouvelables, l’eau ou encore la gestion des déchets et l’aide aux handicapés.
  • L’engagement actionnarial : Il consiste pour les actionnaires d’avoir un dialogue avec l’entreprise pour la pousser à avoir une forte politique RSE, en utilisant leur droit de vote comme moyen de pression lors des assemblées générales.

La finance verte, solution contre le réchauffement climatique ?

On définit souvent la finance verte comme la représentation du marché des obligations vertes. Selon le ministère de l’environnement et de la transition écologique, une obligation verte « un emprunt émis sur le marché par une entreprise ou une entité publique auprès d’investisseurs pour lui permettre de financer ses projets contribuant à la transition écologique et le développement d’infrastructures ». Il s’agit donc d’inciter les entreprises et les acteurs institutionnels à réorienter les investissements vers une économie bas carbone et respectueuse de l’environnement. Selon l’association Climate Bounds, plus de la moitié de ces obligations sont aujourd’hui émises par le secteur public, 30% proviennent des entreprises, et 20% des institutions financières. Même si les sommes restent aujourd’hui marginales, représentant 0.01% de la totalité des produits financiers, leur croissance est quant à elle phénoménale. Depuis la COP 21, le nombre d’émissions vertes a augmenté de près de 27%, selon Green Bounds Initiative. Cela s’explique par le fait que c’est un marché relativement jeune, à titre d’exemple, la Banque Centrale Européenne, 1ère émettrice d’obligations vertes ne s’est lancée dans ce marché qu’en 2007. De plus en plus d’entreprises et de firmes multinationales, même celles qui sont réputées pour être les plus polluantes, se sont mises à investir dans la transition énergétique et l’énergie verte.

La micro-finance, une arme contre la pauvreté

Développé avec la Grameen Bank dans les années 1970 au Bangladesh par Muhammad Yunus, le microcrédit consiste à octroyer des prêts de petites sommes à des personnes exclues du système bancaire classique à cause de leur faible revenu. Les sommes prêtées leur permettront de lancer des microprojets en vue de subvenir à leurs besoins et de sortir de la pauvreté. Aujourd’hui, la Grameen Bank compte plus de 7 millions de clients ce qui démontre son franc succès. De plus, cette expérience a démontré que les pauvres étaient capables de rembourser leurs crédits, et ce même avec des taux d’intérêts très élevés qui permettent à la banque de recouvrir ses coûts. Depuis la réussite de cette expérience, les instituts de micro-finance n’ont cessé de se multiplier dans le monde, en particulier dans les pays en voie de développement. Aujourd’hui on compte plus de 665 millions de comptes affiliés à plus de 3000 instituts de micro-finance dans le monde. En Inde par exemple, c’est 18% de la population totale qui détient des comptes dans ces instituts. Parmi ces instituts, on distingue 4 grandes catégories de prestataires : les prestataires informels, les associations mutualistes, les ONG et les structures financières institutionnelles. D’ailleurs, les grandes banques commerciales ont désormais elles aussi développé des services de microcrédit.

En conclusion

Ces exemples démontrent que quelque chose est en train de se passer dans le monde de la finance. Tous ces mouvements sont récents, cela témoigne d’un changement dans les mentalités qui est en train de s’opérer. Certes, il y a aujourd’hui plusieurs critiques à l’égard des investissements socialement responsables, de la finance verte ou de la micro-finance. Certes, beaucoup pensent que ce ne sont que des stratégies de communication et que cela n’aura aucun impact positif sur la société. Mais le fait est que ces initiatives sont réelles, elles sont confrontées à plusieurs obstacles, mais elles persistent et ne cessent de croître. On peut continuer à voir la finance comme un danger à éviter, un monstre à abattre, ou alors on peut décider de la considérer comme un simple outil et l’utiliser à bon escient afin d’atteindre des objectifs sociaux et environnementaux.

 

Hakim Fekih, NOISE ESSEC.

Retrouver ici, notre article sur la Finance Responsable côté Investissement et Label

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