Et si on changeait de regard sur le handicap ?

Dans le cadre de la semaine du handicap, organisée en collaboration avec l’association Dauphine Solidarité Handicap et l’Université Paris-Dauphine, le NOISE (Nouvel Observatoire de l’Innovation Sociale et Environnementale) a mis en place une table ronde sur le thème “entrepreneuriat social et handicap”.

Vincent Neveu, formateur au centre Suzanne Masson (qui réinsère professionnellement des personnes souffrant d’un handicap) et Lambert Trénoras, fondateur de la start-up Gyrolift (premier dispositif de mobilité basé sur un gyropode qui permet à son utilisateur de se déplacer aussi bien assis que debout) sont venus partager leurs expériences à ce sujet.

Alors que le handicap touche aujourd’hui 12 millions de français, il n’est malheureusement plus étonnant que si peu de personnes se sentent concernées par ce type d’événement. En effet, Vincent Neveu observe que : “Quand on travaille dans le domaine du handicap, on a l’habitude de faire face à un désert”. Ainsi, que faire dans une société où les personnes souffrant d’un handicap sont simplement ignorées ?

La mise en place de quotas pour handicapés témoigne bien d’un problème dans l’accès au travail pour les personnes en situation de handicap. On peut ainsi remarquer que dans le monde de l’entreprise, pour deux CV équivalents, dont l’un est celui d’une personne valide et l’autre celui d’une personne en fauteuil, l’employeur favorisera spontanément la personne valide. Une discrimination souvent liée au fait que les bureaux et lieux publics ne sont pas adaptés aux besoins des personnes souffrant de handicap.

Certaines situations suggèrent même l’urgence qu’il y a à modifier notre comportement face au handicap. Lambert Trénoras illustre cela par un exemple particulièrement choquant : En cas d’incendie dans un établissement scolaire, les ascenseurs sont bloqués par mesure de sécurité. Le professeur a pour consigne d’évacuer toutes les personnes valides en empruntant les escaliers, mais une personne en fauteuil devra attendre que les pompiers viennent la chercher…

C’est dans l’objectif de pallier ces difficultés que de nombreux entrepreneurs sociaux s’engagent pour améliorer au quotidien la situation de ces personnes au sein de notre société. C’est dans ce contexte que les deux intervenants nous proposent quelques clés de réflexion.

Tout d’abord, on note une réelle volonté d’intégrer le milieu professionnel chez les personnes souffrant de handicap. Grâce aux centres de réinsertion, tel le centre Suzanne Masson, des personnes en situation de handicap reprennent confiance en leurs capacités d’apprentissage et de travail. Ce centre est accessible à tous et permet à ces personnes de trouver des métiers dans lesquels leur pathologie n’est plus un obstacle. Par exemple, celui de téléconseiller, qu’une personne non voyante peut exercer en dépit de son handicap. De plus, ne plus dépendre de la solidarité nationale mais être considéré comme n’importe quel travailleur est capital pour ces personnes, dans la mesure où même la discrimination positive reste une façon de les stigmatiser.

Ainsi, tandis le délai moyen d’exclusion sociale et professionnelle d’un adulte frappé par un handicap est de 5 ans, Vincent Neveu nous invite à porter une attention particulière à ces personnes qui font preuve d’une réelle détermination. Il convient par ailleurs de rappeler que lorsqu’un employeur recrute il doit avoir pour unique critère de choix les qualifications et compétences requises pour le poste. De plus, les différences de parcours entre employés valides et handicapés peuvent engendrer une certaine émulation dont l’entreprise bénéficiera en termes de productivité et de chiffre d’affaires. Bien que le système capitaliste semble peu enclin à favoriser des personnes qu’il considère « faillibles », comme le montre Vincent Neveu en citant pour exemple le film « Bienvenue à Gattaca », il est pourtant possible pour une entreprise d’envisager un profit tout en maintenant des conditions de travail respectueuses de ses employés. On peut ainsi tendre vers une utopie transformatrice, favorisant l’inclusion sociale et sensibilisant les responsables des ressources humaines à ces problématiques.

Ainsi, selon Lambert Trénoras, il importe de vaincre les préjugés concernant le handicap. Il déplore par exemple qu’on s’étonne qu’il ait pris l’initiative de créer cette startup sans être “touché personnellement” par la question du handicap. En effet, cette idée lui est naturellement venue au cours de ses études, avec pour unique motivation la volonté d’aider ces personnes. Il s’est par ailleurs posé cette question : Au lieu d’adapter l’espace aux personnes en situation de handicap, ne pourrait-on pas plutôt doter ces personnes d’outils leur permettant de vivre l’espace comme une personne non atteinte de ces pathologies ? C’est l’objet de Gyrolift, qui autorise les déplacements aussi bien assis que debout, offre une grande maniabilité (demi-tour possible sur place) et permet de descendre des trottoirs, des marches, de rouler en forêt ou sur une plage ! Au-delà de ces aspects techniques, cet appareil oblige à rehausser le regard sur la personne handicapée, laquelle peut se tenir au même niveau que la personne valide. C’est un progrès énorme en termes de représentation et offre un plus haut degré de liberté qu’avec n’importe quel autre fauteuil. A terme, l’objectif serait de percevoir les outils du type Gyrolift comme on perçoit une paire de lunettes. Doter les entreprises de ces matériels permettrait d’embaucher un salarié en situation de handicap sans avoir à adapter l’espace. Si le prix peut paraître élevé (10 000€ environ), il convient de considérer qu’il s’agit d’un investissement qui sera très vite amorti dans le futur. En effet, le coût social d’une année sans ce type d’appareillage peut s’avérer bien plus élevé, surtout si on prend en compte le fait qu’un fauteuil électrique bas de gamme coûte seulement 2000€ de moins.

Au-delà de l’exemple de l’accès des personnes atteintes de handicap au monde du travail, nous sommes tous invités à réfléchir sur ces sujets, et à agir chacun à notre niveau pour modifier notre perception du handicap et de son vécu.

Par Ariane Doukhan
NOISE Dauphine

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