Les monnaies locales (1/4) : Aux origines du phénomène

Alors qu’on recense plus d’une trentaine de monnaies locales complémentaires en France et que leur nombre ne fait qu’augmenter discrètement mais sûrement, nous vous proposons un dossier de quatre articles pour mieux comprendre ce produit de l’innovation sociale et environnementale.

La monnaie locale, c’est quoi ?

La monnaie locale est une monnaie qui permet d’acheter et de vendre des biens et des services sur un territoire donné, entre des membres d’un réseau partageant des valeurs sociales et éthiques communes. Cette monnaie n’est pas soutenue par un gouvernement national, mais elle est cependant tolérée.

L’objectif premier de cette monnaie est d’encourager l’économie locale en retenant l’argent dans la région. Cela permet de privilégier et de renforcer les liens économiques entre les personnes de la région et les entreprises locales.

La monnaie locale a la particularité d’être une monnaie « fondante ». En effet, achetée selon un cours de 1 pour 1 par rapport à la monnaie nationale, elle perd de sa valeur avec le temps. La thésaurisation n’est donc pas bénéfique à ses utilisateurs.

La monnaie locale est également une monnaie « complémentaire » car elle ne se substitue pas à la monnaie officielle. Elle a pour vocation de circuler en parallèle de cette dernière.

Aujourd’hui, plus de 2500 monnaies locales existent dans le monde, dans une cinquantaine de pays. En Europe, il en existe une trentaine en France, une soixantaine en Allemagne et au Royaume-Uni. Vous pourrez trouver la localisation géographique des monnaies actuellement en circulation en France et celles en projet sur le lien suivant : http://monnaie-locale-complementaire.net/france/. Vous découvrirez par exemple la Pêche à Montreuil, l’Abeille à Villeneuve-sur-Lot, l’Hermes à Bordeaux, l’Heol à Brest ou encore l’Eusko dans le pays Basque.

Qui sont les pionniers de la monnaie locale ?

L’existence de monnaie locale n’est pas un phénomène nouveau. On trouve ainsi au cours de l’histoire de nombreux exemples de monnaies locales. Durant l’Antiquité, entre 3000 et 1000 ans avant JC, les Egyptiens commerçaient avec une monnaie émise par les autorités (monnaie composée de pierres précieuses) mais également, pour les achats de leur vie quotidienne, avec une monnaie sans valeur propre, des tessons de poterie. Au Moyen-Age, en Europe, on retrouve également une monnaie pour les échanges à distance et une monnaie pour les échanges quotidiens locaux.

En Europe, au XIXème et au XXème siècle, la défaillance de nombreuses banques a engendré un fort besoin de liquidité auxquelles ont répondu des monnaies locales. Ce sont notamment des chambres de commerce et des commerçants qui ont participé à leur création. Suite à la crise de 1929, des banques libres sont apparues, comme par exemple en Allemagne, à Schawenkirchen.

Plus récemment, de nombreuses monnaies locales sont apparues dans le monde. En Europe, la ville de Totnes est une pionnière de l’autarcie verte. La création du Totnes Pound en 2007 s’est inscrite dans le projet de Transition imaginé par Rob Hopkins. 10 000 billets d’une livre (1 livre de Totnes = 1 livre sterling) ont été imprimés et sont acceptés par une centaine de commerces qui ont fait le choix de prendre part au mouvement. La monnaie locale est un aspect clef du processus de transition : « C’est un outil efficace pour créer des circuits d’approvisionnement courts, moins dépendants des combustibles fossiles, pour améliorer le lien entre habitants et entreprises, et stopper la fuite de richesse vers des lointains actionnaires et des paradis fiscaux » (Ils Changent le Monde, Rob Hopkins, p82)

Le Totnes pound a inspiré de nombreuses monnaies en Grande-Bretagne, comme le Brixton Pound, le Bristo Pound, le Lewes Pound ou encore le Stroud Pound.

Focus sur le mouvement à l’origine de la création de cette monnaie, le mouvement de Transition

Le mouvement de Transition a pour but de créer des communautés résilientes, c’est à dire des communautés aptes à supporter des chocs extérieurs comme le changement climatique, ou une augmentation du prix du carburant. Il cherche également à renforcer le tissu social, notamment en favorisant les initiatives à dimension locale. Le mouvement a été crée par Rob Hopkins, en 2005, alors qu’il était professeur de permaculture à l’université de Kinsale et proposait à ses élèves d’imaginer un plan sur 20 ans pour permettre à la ville de Kinsale d’être soutenable et moins dépendante au pétrole. La première véritable expérience de Transition a été réalisée à Totnes, au Royaume Uni, en 2006. Il existe à ce jour plus de 2 000 initiatives de Transition dans le monde, dans 150 pays.

Je vous conseille vivement le film de Transition Network, In Transition 2.0 (2012), qui rassemble diverses sources d’inspiration du mouvement : des populations qui produisent leur propre nourriture et énergie, relocalisent leur économie, impriment leur propre monnaie. Les projets présentés viennent des quatre coins de la planète. Ils sont innovants, décalés, green, et vous inciterons à, vous aussi, devenir des citoyens Noisy !

 

Pourquoi créer une monnaie locale ?

 Aujourd’hui, les citoyens ont un désir de réappropriation de l’outil monétaire contrôlé par les banques. Cette reconquête les amène à donner du sens à leurs achats, à s’interroger sur la circulation de la monnaie et le financement de leur économie.

  • Permettre une économie plus résiliente

Dans une économie résiliente, l’objectif est de faire en sorte que l’argent circule davantage au niveau local. Dans le film Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent, Rob Hopkins déclare : « Si nous voulons une économie locale, plus résiliente, où l’argent circule localement, une livre dépensée dans une entreprise locale circule davantage et cela génère 2,5 livres d’activité dans cette économie locale, alors qu’au supermarché, cela génère que 1,4 livre, l’argent s’échappe ». L’ancrage local permet de relocaliser les activités économiques et de dynamiser le territoire. L’argent ne va pas « fuir » à l’extérieur du territoire puisqu’il n’a alors plus aucune valeur. Les petits commerces de proximité, les producteurs locaux et les circuits courts sont privilégiés. L’énergie utilisée lors des transports est donc minimisée, la survie des petites entreprises est favorisée.

  •  Favoriser le lien social

La création d’une monnaie locale est un projet collectif qui implique que les participants apprennent à « faire ensemble ». Cela permet également de souder une communauté autour d’un système d’échange commun, qui est vecteur de cohésion sociale. En encourageant l’économie locale, les individus deviennent plus proches des producteurs, des marchands. Les monnaies locales favorisent ainsi l’identité communautaire.

  • Encourager une éthique sociale et environnementale

Selon la théorie des mouvements de Transition, si nous utilisons notre argent pour la production et la consommation locale, nous portons une plus grande attention à la production des biens et des services, ainsi qu’aux différentes externalités négatives qu’ils génèrent : « the Bhopal disaster in India would not have happened if the battery factory had been in the back garden of the Chief Exec of Union Carbide » (http://www.visittotnes.co.uk. ). L’existence d’une production locale a donc un impact environnemental positif.

 

Margaux Deguerre (Noise ESSEC)

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