Internet et démocratie participative : pour le meilleur et pour le pire ?

A la veille d’une élection présidentielle qui cristallise les frustrations d’un peuple se sentant peu représenté par ses élus et déconnecté des décisions d’une « élite » qui lui confisquerait le pouvoir, le thème de la démocratie participative semble quelque peu oublié. En effet, si les candidats multiplient les slogans et thèses populistes dénonçant le « système », il s’agit dans la plupart des cas de choisir des représentants qui seraient plus proches des attentes du peuple, et non pas d’un partage davantage équitable des décisions entre les citoyens et les autorités publiques.

Pourtant, à l’heure où Internet est roi, où le monde ne serait qu’un « village global »* grâce aux progrès des technologies de l’information et de la communication, comment peut-on imaginer que des difficultés subsistent pour intégrer l’ensemble des citoyens aux décisions politiques ?

Et toi, depuis ton canapé ou ton lit, devant ton écran, probablement résigné comme les autres devant l’absence de futur désirable qu’offre la politique actuelle, n’as-tu pas envie d’agir à ton échelle ?

Pour répondre à toutes ces questions et te montrer que sur le Noisy Blog, on ne perd jamais notre optimisme, je te propose d’étudier le potentiel du réseau informatique universel pour mettre en place une véritable démocratie participative.

Internet nous rapproche-t-il de cette douce utopie qu’est la démocratie participative ou constitue-t-il un outil inadapté pour sa mise en application concrète ?

Une source d’informations incomparable

Tout d’abord, Internet fonctionne comme un média traditionnel dans son rôle de transmission d’informations. Le web facile la collecte, la diffusion et la recherche d’informations et se présente comme une encyclopédie géante, pour qui sait la lire. Certains sites, conscients de ce potentiel, ont alors choisi de s’appuyer sur une plateforme informatique et de faciliter la lisibilité de renseignements concernant les élections à venir. C’est notamment le cas du projet #Hello2017, disponible sur le site de Voxe.Org, qui vise à informer les électeurs, comparer les programmes et faciliter l’engagement citoyen. Le site propose ainsi une sélection de chiffres clés de la campagne électorale, et une comparaison en ligne de programme des candidats.

Un lieu d’expression citoyenne, fournisseur de solutions originales

De par l’autonomie qu’il fournit, le web encourage les citoyens-internautes à sortir du cadre des partis politiques pour s’exprimer plus librement et proposer des solutions au-delà des clivages partisans. Pour illustrer cette opportunité, quel meilleur exemple que les réseaux sociaux, outil d’expression individuelle par excellence ? Que ce soit par l’intermédiaire de Facebook, Twitter, ou même d’un forum, la participation au débat public n’est donc désormais plus réservée à un cercle restreint de personnes qui proposent et entérinent les lois. En plus de donner son opinion, le citoyen peut désormais contribuer à infléchir les politiques publiques lorsqu’il estime qu’elles sont insuffisantes ou inadaptées. Lors du débat autour de la loi El Khomri, la position anti-loi travail avait largement été médiatisée grâce à une pétition lancée sur le site Change.Org qui a réuni plus d’un million de signatures. Sur de telles plateformes, toute proposition est recevable, et les citoyens-internautes décident ensuite de la pertinence de la solution proposée. Sur Internet, les propositions ne sont pas contraintes à une ligne de parti et sont donc davantage susceptibles de faire preuve d’originalité et de nouveauté. C’est le pari qu’a fait Make.Org en proposant aux internautes d’émettre leurs idées sur des questions politiques d’actualité et en les soumettant ensuite à un vote, dans l’optique de construire un programme participatif en vue de l’année électorale de 2017. Ainsi, les propositions politiques ne sont plus soumises à un concours de communication qui fera gagner le meilleur service marketing, mais grâce à une uniformisation formelle des solutions proposées, ces dernières peuvent être véritablement jugées sur le fond.

Développer l’action politique indépendante

Par ailleurs, de par sa fonction interactive, Internet favorise le débat en mettant en contact direct les citoyens entre eux, sans passer par l’intermédiaire des élus. Ce rapprochement virtuel concerne potentiellement l’ensemble des électeurs et favorise donc une meilleure représentativité que celle offerte par la démocratie représentative. D’autre part, cette mise en relation des citoyens permet la renaissance d’une mobilisation qui était sur le déclin à cause de la crise de confiance des citoyens envers leurs représentants politiques. L’émergence de réseaux sociaux consacrés aux activistes en puissance, à l’instar de Care2, facilite l’organisation d’actions militantes et concrétise le potentiel de ré-intéressement des citoyens aux affaires publiques.

Un dialogue virtuel avec les institutions plus efficace

Toutefois, la plateforme numérique mondiale ne permet pas uniquement un rapprochement entre citoyens, mais également un dialogue direct entre citoyens et élus. Le web peut en effet considérablement simplifier le processus électoral et référendaire, notamment par le biais de consultations des citoyens en ligne ou du vote en ligne. En Finlande, Internet a contribué à une participation citoyenne plus directe dans l’élaboration des lois, puisque depuis 2012, la Constitution laisse la possibilité à tout citoyen majeur d’inscrire des propositions de loi à l’agenda parlementaire. Ces propositions sont examinées par les élus à condition de recevoir le soutien de 50 000 citoyens finlandais, soit 1% de la population. En France, le site internet Parlement & Citoyens tente également de favoriser la collaboration entre parlementaires et citoyens : pour un problème donné, tu peux proposer une solution ou un argument, et participer à un débat pour élaborer une proposition de loi.

Le développement d’une démocratie parallèle

Enfin, Internet favorise l’organisation citoyenne parallèle aux institutions existantes, afin d’envisager les nouvelles formes de la démocratie de demain, plutôt que de se cantonner à un rôle complémentaire aux institutions actuelles. LaPrimaire.Org a ainsi organisé la première primaire citoyenne en vue de l’élection présidentielle de 2017, en totale indépendance, et en dehors du cadre des partis politiques traditionnels. Après avoir désigné sa candidate grâce à un vote des internautes, la plateforme récolte désormais des fonds pour financer la campagne de celle-ci.

Malgré toutes les promesses que semble formuler la révolution numérique en faveur de la démocratie participative, je ne peux omettre les risques qui pourraient naître d’une démocratie citoyenne uniquement fondée sur Internet.

Une encyclopédie à remettre en question

Le premier, et non des moindres, est le risque de désinformation. Paradoxalement, Internet est à la fois une source d’informations avérées et de données fausses sans équivalent. Or la distinction entre les deux catégories n’est pas toujours évidente, surtout sur des plateformes d’opinion telles que les réseaux sociaux qui présentent les deux types de données sous la même forme. Il semble donc difficile de fonder une prise de décision collective sur des renseignements qui ne sont pas toujours fiables.

Un débat biaisé et désorganisé

Dans un second temps, il convient de souligner que l’existence d’un réseau où se déroulerait un débat avec l’ensemble des opinions existantes relève de l’utopie. En réalité, nous sommes la plupart du temps confrontés uniquement à des positions semblables à la nôtre. La question a notamment été posée au lendemain de l’élection de Donald Trump, lorsque l’algorithme de Facebook a été accusé de ne montrer à ses utilisateurs que des contenus susceptibles de leur plaire, c’est-à-dire cohérents avec leur opinion politique. Le fait de ne voir que des publications biaisées avait conduit les démocrates a sous-estimé l’adhérence aux propositions du candidat républicain. Or en démocratie, la prise de décision consiste précisément à se confronter aux opinions contraires aux siennes à travers un débat. Si le web ne peut pas organiser un véritable débat d’idées contraires, alors il est impuissant à construire une véritable démocratie participative et délibérative.

Un autre problème récurrent sur la toile est l’impossibilité de participer à un véritable débat, faute de règles établies et de modérateur désigné. L’exemple des réseaux sociaux montre que la discussion sur les décisions publiques peut se réduire à une dénonciation violente de ses opposants, sans pour autant avancer des arguments valables. Il faut reconnaitre que l’échange virtuel tel que nous le pratiquons aujourd’hui n’est pas encore aussi efficace qu’une discussion réelle en face à face.

Conclusion

Enfin, Internet semble être le meilleur moyen pour mettre en place la démocratie participative tant désirée par les citoyens impatients de pouvoir participer aux processus décisionnels de son pays. De nombreuses initiatives existent déjà et posent les fondements de la démocratie de demain. Néanmoins, la plateforme numérique mondiale actuelle n’est pas encore totalement apte à organiser un véritable débat d’idées, par manque de contrôle et de cadre organisationnel précis, et ne se présente que comme un complément à la démocratie représentative actuelle. Les institutions existantes intègrent progressivement cette nouvelle forme de démocratie numérique à son fonctionnement, mais cette dernière ne semble pas capable de s’y soustraire. Yves Sintomer, sociologue et spécialiste français des sciences politiques, souligne ainsi que l’on ne peut pas réduire la démocratie participative à une « démocratie d’opinion », ce qu’Internet encourage actuellement. Dans le futur, les citoyens doivent donc être intégrés directement à la prise de décision publique, et de nouvelles formes d’organisation politique doivent être envisagées.

Agathe Masson (Noise ESSEC)

* Expression de Marshall McLuhan, philosophe et sociologue canadien, dans son ouvrage « The media is the massage » paru en 1967.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s