Un article sur les articles : mise en abîme d’un journalisme abimé

« Le journalisme est une grande catapulte mise en mouvement par de petites haines. » affirmait Balzac. Des mots lointains mais pourtant toujours d’actualité. Comme si c’était une vérité générale, une loi immuable propre au journalisme, et non pas une opinion personnelle qu’avait énoncée le célèbre écrivain il y a maintenant 200 ans. Il suffit de lire les journaux pour s’en apercevoir, le lecteur d’aujourd’hui est inondé par une information anxiogène, relayée par des journalistes qui se complaisent à jouer les Cassandre. Mais nombreux sont ceux qui n’adhèrent pas à cette philosophie (parmi eux, vos fidèles serviteurs du NOW). D’où le développement de nombreuses formes de journalisme innovantes comme le journalisme positif (qui relaye les informations positives) ou encore journalisme constructif (qui cherche à apporter des solutions).
Cependant, cette multiplication des formes de journalisme peut sembler obscure au lecteur lambda… éclaircissons donc un peu tout ça et profitons-en pour vous faire comprendre un peu mieux la démarche de NOW (news of the world, le pôle journalistique du NOISE).

Les 3 commandements du journaliste

commandements

  1. INFORMER le lecteur (couvrir l’intégralité du réel et non pas une parcelle choisie arbitrairement)
  2. ANALYSER cette information d’un œil critique (et donc forcément subjectif) et ainsi apporter de la valeur ajoutée à l’information.
  3. PROPOSER des alternatives, des solutions aux problèmes soulevés.

Pourquoi le “journalisme des Cassandre” ne remplit aucune de ces 3 missions

  1. D’abord, loin de couvrir la totalité du réel, ce journalisme n’en sélectionne qu’une partie. Cette partie-là, c’est l’information négative. Surinformé des catastrophes et ignorant des nouvelles positives qui existent pourtant bel et bien, le lecteur lambda voit le monde à travers un prisme déformant. La raison est simple et tient dans ce vieil adage courant dans les rédactions anglo-saxonnes : “if it bleeds, it leads” (“s’il y a du sang, ça fait la une”). Autrement dit : économiquement, plus l’information est négative, plus elle est rentable. Deux grands dangers découlent de ce journalisme. Tout d’abord, il y a le risque de désespérer le lecteur. Celui-ci, renonce à toute action positive car il la juge d’avance inutile. Pire, il y a le risque de paniquer le lecteur, d’imprimer en lui une conception peu profonde d’un monde qui l’entoure et qu’il peine pourtant à comprendre. Effrayé, il se réfugie vers des discours simplistes et rassurants…qui riment souvent avec populisme, communautarisme, nationalisme, négationnisme environnemental. Résultat : dans une logique de prophétie autoréalisatrice il fait de l’illusion apocalyptique donnée par le journaliste une réalité. (#Brexit#Trump#Marine2017?)
  2. Ensuite, le journaliste moderne apporte peu de valeur ajoutée à ces articles. Mais comment l’en blâmer ? Alors que les médias gratuits fleurissent un peu partout, et que le lecteur veut toujours une information “en direct”, il est de plus en plus difficile pour la presse traditionnelle de continuer à produire une information de qualité. En effet cette dernière demande des moyens et du temps, deux choses que le consommateur ne semble plus disposé à laisser a son pourvoyeur d’information ! Résultat : le journaliste se contente souvent de reprendre des dépêches AFP (agence france presse), d’y ajouter quelques clichés vendeurs et de publier. D’où un paradoxe : malgré la multiplication des médias à l’ère du numérique, on assiste à une uniformisation de l’information, comme si la pensée unique faisait son grand retour.
  3. Enfin, nulle trace de solution à l’horizon. Les Cassandre nous laissent sur notre faim. Les solutions tant attendues jouent l’arlésienne. Le lecteur, à travers leurs écrits, n’a qu’à broyer des idées noires tout en contemplant placidement un monde qui semble s’écrouler ligne après ligne, page après page.

Deux mots donc pour décrire le journalisme des Cassandre : cynique et stérile.

Les écueils du journalisme positif à la rescousse… ou peut-être pas !

Doté d’une plume moins acerbe que son camarade décrit précédemment, le “journaliste positif” préfère relayer l’information qui redonnera au lecteur foi en l’humanité. On peut ainsi saluer de nombreuse initiatives comme la rubrique half full (verre à moitié plein) du Guardian, le “Libé des solutions» du journal Libération qui paraît chaque année à Noël, ou encore le “Dimanche des solutions” d’Ouest France.

Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions. Le risque est de tomber dans l’excès inverse, d’abandonner le prisme déformant qui donnait du monde une vision apocalyptique digne des écrits bibliques au profit d’un autre qui travestirait notre réalité en une espèce de village de Potemkine. En effet, à ne pas vouloir désespérer Billancourt et à faire du monde une douce idylle, le “journaliste positif” a tendance à se transformer en un Pangloss des temps modernes pour qui “tout irait au mieux dans le meilleur des mondes possibles”. Il prend ainsi l’habit du journaliste-menteur qui trahit son lecteur en renonçant à sa mission d’information. Il est donc du devoir de celui qui relaie l’information de “porter la plume dans la plaie” comme disait Albert Londres.

Pour un journalisme constructif : le journalisme de solution, d’impact à la rescousse.

Pour ce journalisme, 4 mots d’ordre : information, analyse, solution, empowerement (octroi de davantage de pouvoir aux individus ou aux groupes pour agir sur les conditions sociales, économiques, politiques ou écologiques auxquelles ils sont confrontés). Aussi de nombreuses initiatives fleurissent tous azimuts. Certains choisissent d’ailleurs bien leur nom à l’instar du journal Kaizen (Kai = changement + zen = meilleur). L’objectif n’est plus seulement d’apporter de la valeur ajouté à l’information mais d’avoir un impact sur la société. Le journalisme constructif cherche à fournir, à travers les analyses et les solutions qu’il propose, les bases d’une action citoyenne. En effet, plus une solution est médiatisée, plus la solution a de chance d’être financée, soutenue, dupliquée. Inspiré par ses lectures, l’homme de la rue peut, dans une logique d’empowerment, mettre en place des actions concrètes. C’est ensuite la somme de ces actions, souvent modestes et simples, qui doivent impulser, en se multipliant, un changement. Kaizen est donc un état d’esprit qui nécessite l’implication de tous les acteurs. En résumé, le journalisme de solution a pour vocation d’accompagner les évolutions de la société, de les orienter, de les favoriser de les promouvoir pour créer le monde de demain.

kaizen

Mais Kaizen n’est pas seul. Parmi les démarches les plus connues, le média Sparknews créé par Christian de Boisredon selon la philosophie suivante : « Notre mission est qu’il y ait au moins 5 à 10 % de sujets de solutions dans les médias ». Ce média d’un genre nouveau se veut un projet à la fois positif et participatif. Le fonctionnement est le suivant : il s’agit d’un site de vidéos et d’articles «open source» auquel chacun peut contribuer, l’information devant être validée par un réseau d’experts (qui donnent une note) avant d’être publiée. Plusieurs avantages à cela : les sources d’informations sont multiples (particuliers, entreprises, institutions publiques, politiques, associations, journalistes…), et proviennent d’acteurs experts dans leur domaine.

Que retenir ?

Être journaliste, ce n’est pas seulement exercer un métier, c’est avoir un devoir envers la société. En effet, le journaliste sert d’intermédiaire entre le lecteur et le monde. En créant le prisme à travers lequel il le voit, le pourvoyeur d’information participe à forger la vision du monde de celui qui suit son travail. In fine, il oriente donc ses actions. D’où la nécessité, aux vu de ses enjeux et de sa portée, de repenser profondément la nature de journalisme.

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