Démocratie directe : l’exemple inspirant de la Suisse

Vous avez toujours cherché une bonne raison de détester les suisses ? En voilà deux : ils ont de loin la démocratie la plus avancée d’Europe, et ils s’en sont servis en 2012 pour refuser de passer à six semaines de congés payés. Nous, vaillants français, n’aurions pas hésité trois secondes… sauf qu’on n’a pas vraiment le choix. La Suisse fait figure de bon élève dans le domaine démocratique, toutefois la multiplication des traités internationaux qui réduisent le champ d’action des citoyens pourrait à moyen et long terme menacer le système que nous leur envions tant.

Comment ils s’organisent ? 

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S’il séduit, c’est qu’en plus de laisser une marge de manœuvre importante aux citoyens, le système suisse favorise grandement le consensus dans sa construction même. Le gouvernement est composé de 7 personnes, élues par le Parlement en suivant une règle tacite, appelée la formule magique qui vise à y faire siéger les principales forces politiques du pays, ce qui permet de favoriser la recherche du consensus et du contentement le plus étendu en évitant les oppositions et blocages stériles.

Des citoyens acteurs de la vie politique 

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Les votations prennent de plus place tant au niveau fédéral et dans les cantons que dans les municipalités, où l’accord des citoyens est parfois même sollicité pour la validation des budgets. Les assemblées communales sont par ailleurs monnaie courante et considérées comme le « système ordinaire » dans lequel tous les citoyens sont appelés à voter et à participer.

La meilleure démocratie en Europe…

Les grands enjeux de société sont débattus tant au niveau fédéral que local mais les citoyens ne sont appelés à voter que 4 jours par an et n’ont même pas à se rendre au bureau de vote ; ils peuvent en effet simplement renvoyer par voie postale les bulletins reçus par la poste.

L’exercice direct de la démocratie limite la professionnalisation de la politique et la polarisation des débats autour des personnalités politique, on ne se focalise pas sur les caractéristiques des uns et des autres ou les luttes médiatiques inutiles. Au contraire, ce système permet de se recentrer sur le fond même du débat et des questions politiques.

Deux tendances viennent d’autre part confirmer la réussite de la démocratie helvète : des études montrent en effet que l’implication accrue des citoyens dans la vie politique les rend plus éclairés et permet de réduire l’évasion fiscale (bon ils vivent en Suisse…).

Le point encourageant concerne la prospérité de la nation Suisse dont on ne peut que vanter les atouts en termes de compétitivité, d’innovation ou encore de PIB/habitant. L’idée répandue selon laquelle les décisions citoyennes vont généralement à l’encontre d’une prospérité économique est ici contredite, bien qu’aucune étude ne montre dans quelle mesure elles y sont bénéfiques.

… toutefois imparfaite. 

Une partie de la classe politique de droite souhaite à présent limiter le nombre de votations et augmenter les prérogatives des parlementaires, une preuve que cette forme démocratique ne convient pas à tous. Un des moyens mobilisés est la signature de traités internationaux qui fixe des frontières encadrantes toujours plus minces à l’exercice du pouvoir citoyen. Le lobbying n’est par ailleurs pas totalement évité et le puissant groupe d’intérêt EconomieSuisse travaille à contrer les lois et votations qui vont à l’encontre des intérêts patronaux.

Ce modèle n’empêche aucunement les décisions xénophobes et conservatrices et la démocratie directe se veut alors un levier puissant d’oppression des minorités. L’Union Démocratique du Centre, national-conservateur et premier parti de Suisse est à l’origine du plus grand nombre d’initiatives pour lesquelles il connait des succès retentissants sur des sujets très sensibles à l’image de l’interdiction des minarets en 2009 ou du vote sur la limitation de l’immigration en 2014. Pas étonnant que la démocratie directe compte généralement parmi les revendications des partis européens d’extrême-droite…

Cependant, il est nécessaire de relativiser pour deux raisons. En premier lieu, les référendums traduisent également une grande ouverture, en témoignent l’autorisation du suicide assisté, de l’usage du cannabis thérapeutique au niveau fédéral ou encore la légalisation de la prostitution. En second lieu, les décisions conservatrices ne prennent place qu’à cause d’une faible participation aux votations (environ 45% lors des 10 dernières années) parce que celles-ci sont nombreuses et que tout le monde ne se sent pas impliqué sur tous les sujets qui doivent faire l’objet d’une décision.

En définitive, malgré les problèmes qui finalement touchent l’ensemble de nos sociétés, nous avons raison d’envier notre voisin suisse pour la raclette, les montres ET son système politique. Les voies d’amélioration n’en sont pas moins plurielles si nous souhaitons approfondir ce dernier ; bien qu’ils puissent initier des propositions, les suisses sont souvent consultés dans une logique d’acceptation ou de rejet et ne sont pas suffisamment rattachés au processus « créationnel ».

Nicolas Hug

Pour aller plus loin :

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