Food & Globe : un tour du monde à la recherche de l’alimentation de demain

 

Nous avons rencontré Martin et Adrien, deux étudiants de Paris-Dauphine qui se lancent dans une aventure pas comme les autres. Ils ont décidé de consacrer huit mois à défricher le monde de l’innovation alimentaire en partant à la rencontre d’acteurs aux méthodes alternatives. Adrien et Martin se sont rencontrés lors de leur première année de master en management de l’innovation à Paris-Dauphine où ils ont co-rédigé un mémoire sur les alternatives innovantes dans le secteur de l’agroalimentaire.

Adrien est très investi dans l’univers culinaire : il a créé student home service, proposant un  service étudiant de restauration pour les particuliers et entreprises. Quant à Martin, on le surnomme le couteau suisse de l’équipe. Il est assistant de production dans le cinéma et a notamment réalisé le clip de promotion qui a permis à Food&Globe d’atteindre son objectif de financement à plus de 130%, chapeau !

Pouvez-vous nous parler un peu plus de votre mémoire ? Est-ce que c’est son écriture qui vous a donné envie de partir ?

Nous avions déjà le projet de partir avant de faire le mémoire. Il a servi à donner du sens au projet. Notre problématique était : Comment les processus d’innovation permettent-ils de disrupter le secteur alimentaire actuel ? Nous avons réalisé 5-6 entretiens, notamment avec la cellule d’innovation de Pernod Ricard et avec Cook’innov. À chaque fois, nous finissions nos entretiens en évoquant notre projet de voyage alimentaire. Ces rencontres nous ont permis de faire évoluer notre conception de l’innovation alimentaire et de développer notre regard critique. Ce qui a été le plus dur dans le mémoire, c’était de définir l’innovation alimentaire.

Et alors, avez-vous réussi à définir l’innovation alimentaire ?

Nous somme arrivés au fait que la définition exacte n’existait pas, mais on peut quand même en esquisser les contours : ce sont les produits, les modes de production, de distribution et de consommation qui rompent avec le système conventionnel.

Donc l’innovation ne se limite pas qu’à la consommation…

Oui, en réalité l’innovation est présente sur toute la chaîne de production alimentaire. On retrouve beaucoup d’innovations liées à la production dans l’univers food tech avec par exemple la création de steak de viande à partir de cellules souches. Il y a aussi Foodora/Deliveroo/Frichti ou Amazon Fresh qui innovent dans les canaux de distribution. On réinvente même l’usage des protéines alternatives, on pense aux insectes, aux algues et aux légumineuses. Après il y a aussi la Ruche qui dit oui !, les AMAP et d’autres… l’innovation concerne vraiment toute la chaîne de production.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le projet en lui-même ?

Nous sommes trois à partir : Martin, Adrien et Nicolas (qui est en master à l’EM Lyon).

Nous avons été en immersion totale dans le secteur de l’innovation alimentaire pendant quatre mois avec notre mémoire, et nous voulions sortir de cet écosystème. L’idée c’est de prendre du recul, aller voir des gens qui sont créatifs à partir de pas grand chose, c’est ce qu’on appelle l’innovation frugale. C’est pour ça que nous avons décidé de partir pendant 8 mois dans 14 pays à la rencontre d’agriculteurs, de chercheurs, de chefs cuisiniers et d’entrepreneurs qui ont une vision différente de la notre. On veut confronter notre vision avec la leur, discuter, échanger et voir quelle est leur conception de l’alimentation de demain.

Ce sont des personnes qui ne sont pas forcément accessibles par les réseaux de communication classique mais qui ont certainement des idées très intéressantes et des techniques passionnantes. Au premier abord ça ne parait pas très innovant mais en faite ça l’est. On peut très bien tomber sur des techniques ancestrales conservées dans un village complètement perdu, que personne ne connaît, et dont personne n’a jamais mesuré le potentiel.

Après on ne part pas à l’aveugle non plus, on s’est fixé trois grandes problématiques qui guident notre démarche : l’agriculture durable, les protéines alternatives et enfin les circuits de distribution innovant (on pense notamment à Peligourmet qui est une sorte de blablacar des produits alimentaires). On est vraiment dans une démarche d’innovation frugale, on doit comprendre les motivations de chacun et arriver à déterminer les déclencheurs des innovations qu’on va croiser, que ce soit une famine, la surpopulation ou encore la pollution comme en Chine. On veut comprendre ce qui les a amené dans leur processus de production à cultiver tel produit de telle manière. Ce qui nous intéresse tous les trois, c’est vraiment de développer le rapport environnement – réflexion – innovation.

Vous avez choisi de visiter 14 pays de l’hémisphère sud, pourquoi ceux là ?

Alors déjà, pourquoi l’hémisphère sud plutôt que l’hémisphère nord ? On aurait pu aller aux Etats-Unis, à Tokyo ou en Europe du Nord, là où il y a de nombreuses innovations dans le secteur alimentaire. Mais savoir ce qu’il se fait dans ces pays est beaucoup plus simple que savoir ce qu’il se fait au fin fond du Pérou ou de la Chine par exemple. Le deuxième point, c’est l’innovation frugale : les pays qui ont le moins de ressources sont ceux qui sont obligés d’être hyper créatifs avec peu de moyens. Le dernier point, c’est pour une question de temps, on a pas le temps de tout faire et 3 continents c’est déjà beaucoup ! Mais nous sommes ouvert à une deuxième édition du projet, pourquoi pas par quelqu’un d’autre que nous. Pouvoir passer le flambeau à une autre équipe, ce serait vraiment sympa. D’autant plus que nous sommes une association. Ce n’est pas seulement nous qui portons le projet, c’est aussi le projet qui nous porte.

On a essayé de déterminer quels étaient les pays les plus actifs et ceux qui étaient potentiellement les plus intéressés par l’alimentation et l’innovation alimentaire. Ce ne sont pas forcément des pays où il y a des incubateurs et des entrepreneurs à foison. Par exemple, on va au Cambodge car ils ont un vrai problème pour nourrir leur population. C’est hyper intéressant car il y a des associations qui se sont créées, des mouvements citoyens ou encore des écoles d’agro alimentaire. C’est ce fourmillement d’initiatives communes qu’on a envie de découvrir et sur lequel on a envie de travailler.

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Vous avez déjà un carnet de bord, des contacts sur place ?

Oui, on a répertorié plusieurs projets intéressants et on a pris contact avec les gens sur place via Facebook ou par email. On a aussi cherché des projets similaires au nôtre, on pense notamment à MakeSense qui a organisé des FoodSenseTour en Inde et en Amérique latine ainsi qu’un tour du monde avec le chef Bruno. Notre parrain et mentor Chef Christophe, co-fondateur de 750 grammes, nous est d’une grande aide sur cette étape en nous apportant des contacts dans chaque pays que nous n’aurions jamais pu avoir autrement. Ce soutien quotidien nous pousse vers une carte assez complète mais pas exhaustive. Nous avons aussi envie de faire évoluer notre carte, qu’elle soit interactive pour que notre communauté puisse nous proposer des contacts, des idées et des expériences. Ça nous aidera à dénicher les petites pépites.

Comment vous voyez l’aventure ? Plutôt comme l’émission j’irais dormir chez vous, ou bien comme un voyage d’hôtel en hôtel ?

Des quoi ? Des hôtels ? Nous on dort dans la rue, sur des cartons ! Non l’idée c’est vraiment de dormir chez l’habitant ou si ce n’est pas possible, de dormir dans des guest house, c’est là où les rencontres sont les plus faciles. On n’a pas l’argent pour dormir dans des hôtels et de toute façon ça n’est pas le but, on veut vraiment rencontrer un maximum de locaux. Il y a pleins de start up qui facilitent la prise de contact avec les habitants, après il nous reste toujours le classique « on débarque, on peut dormir chez vous ? ». Il y a également des plateformes qui permettent de prendre des repas chez l’habitant, comme “share it” qui est présent dans quelques pays que l’on va traverser.

À votre retour, comment allez-vous faire pour changer les choses ?

Ça passe tout d’abord par l’éducation et la pédagogie. Les gens ont une réticence au changement par peur de l’inconnu, ils ont peur des choses qui ne sont pas établies. Ce qui est intéressant, c’est de pouvoir les éduquer, les aider, les prendre par la main et leur montrer qu’il y a d’autres façons de consommer, de produire et de faire. Les gens en prennent conscience aujourd’hui, il y a le bio qui marche pas mal, même s’il y a certaines limites. On sent une vraie prise de conscience notamment chez les millennials, chez notre nouvelle génération qui arrive et qui est prête à mettre beaucoup plus pour consommer mieux. En revanche ça sera plus compliqué de convaincre nos parents et nos grand-parents. Mais on peut éduquer, on peut faire évoluer les mentalités et pousser les gens à manger différemment.

L’éducation passera par le documentaire que l’on réalisera à la fin de cette aventure et aussi via la web-série. Notre but n’est pas d’assenner notre morale aux gens en adoptant une posture alarmiste, on voit passer tous les jours ce genre de contenu dans les médias et c’est juste déprimant. Nous sommes dans une démarche de journalisme positif et nous voulons montrer qu’il y a des initiatives qui prennent vie. Mais encore mieux que de mettre en lumière ces initiatives, on veut montrer aux gens comment ils peuvent, par eux-même, s’engager à leur échelle. On veut donner des pistes de solution et on aura huit mois pour y réfléchir. C’est une réflexion commune, avec toute la communauté.

Vous pouvez nous en dire plus sur votre web-série, et le documentaire ?

Pour la web-série, on a envie de faire plusieurs épisodes qui seront consacrés à un projet, à un innovateur, à un pays, ou encore sur la vision que portent les habitants d’un pays sur l’innovation alimentaire. On veut mettre en avant les déclencheurs de l’innovation pour susciter chez le spectateur l’envie d’en savoir davantage et pourquoi pas, s’engager pour une alimentation plus durable.


On vise un public très large, de 12 à 77 ans. On a vraiment envie de faire un truc éducatif et qui ne soit pas rasoir, c’est pour ça qu’on part sur un format hybride quelque part entre le podcast et l’interview, le tout avec un regard décalé et un trait d’humour. On veut donner une vision sympa de l’innovation alimentaire, la vulgariser et donner la possibilité à chacun d’innover depuis chez soi, à son échelle. Il y aura un épisode toutes les deux ou trois semaines pendant le voyage pour vraiment créer une communauté et pouvoir interagir avec elle, répondre aux question qui nous seront posées.

On va aussi faire un rendu post-voyage, un documentaire qui ira plus loin. Il reprendra quelques éléments de la web-série mais utilisera essentiellement le contenu qu’on aura tourné en parallèle. On va réfléchir pendant six mois sur comment avancer notre trame, quels sont les points intéressants, qu’est-ce qu’on a envie de montrer en 1h10 de documentaire. C’est un documentaire à la Demain spécialisé sur l’agriculture. C’est grosso modo notre conception. On verra comment ça évolue en fonction de nos capacités matériels, car clairement, c’est un énorme défi technique. Ça va être assez compliqué, on va dépenser beaucoup d’argent dans les envois de disque dur vers la France. On va essayer d’avoir un partenariat avec la poste pour que les colissimos soient moins chère. Ensuite on a une équipe sur Paris qui va s’occuper de dérusher les prises.

Pour suivre les aventures du trio Food&Globe, c’est sur leur page Facebook. Et on leur souhaite bon voyage !

Benjamin Delmée et Margot Chatard

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