Casas del Perú, Vers un Tourisme Responsable ?

L’un des changements majeurs de notre ère demeure indubitablement l’effacement croissant des frontières. Conséquence : plus d’un milliard d’arrivées de touristes au niveau mondial en 2014. 2 fois plus qu’en 1995. Et, si cette ouverture te permet de voyager où tu le souhaites, elle induit également des prérogatives environnementales et sociales. Qui bénéficie réellement des retombées économiques de ce tourisme prolifique ? Comment maximiser l’utilité générale de son voyage ?

Des questions déjà posées, pour une solution proposée. Et, grâce aux copains de Rue Des Enfants, on peut aujourd’hui vous parler de Casas Del Perú — première entreprise péruvienne à avoir créé un réseau de chambre d’hôtes chez l’habitant.

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Leur raison d’être : Pour le fondateur de Casas Del Perú, le constat était simple : l’argent dépensé par les touristes au Pérou ne profitait pas aux péruviens. Dès lors, comment faire pour que le tourisme devienne une ressource à disposition de ces derniers ?

Panorama des retombées économiques du tourisme dans les pays pauvres ou en développement 

Cette problématique transcende évidemment les frontières péruviennes. Représentant plus de 9% du PIB mondial depuis 2010, le tourisme et son industrie offrent des retombées économiques souvent limitées pour les population locales. Selon l’UNCTAD — Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement —, l’influence du tourisme sur la réduction de la pauvreté se fait fonction de quatre éléments :

  • L’intégration du tourisme dans des chaînes de valeur régionales ou nationales
  • L’utilisation des devises vers la création d’infrastructures stimulant l’économie locale
  • La position de la politique publique vis-à-vis des investissements destinés au tourisme. Favoriser sa modernisation nécessitera de la main d’oeuvre, et ainsi emploiera une population plus défavorisée
  • Prise en compte des prérogatives sociales et environnementales, vers le développement d’un tourisme durable

Or, une étude de l’ODI, se penchant sur la proportion des dépenses des touristes qui profitait directement ou indirectement aux populations les plus pauvres, présente des conclusions frappantes : au Laos, en 2006, seulement 26% de l’argent dépensé par les touristes revenait aux populations pauvres, et de même le Vietnam avec une proportion de 27%. En Gambie, elle atteint même 14%, pendant que les touristes qui y demeurent ne dépensent que la moitié de leur budget dans le pays. En somme, les quatre leviers évoqués ci-dessus semblent être délaissés dans nombre de pays en développement, limitant la réduction de la pauvreté par le tourisme.

La réponse de Casas Del Perú

Face à un manque de redistribution des ressources touristiques financières, Carlos Orihuela Gonzales, le fondateur de Casas Del Perú imagine, non pas une nouvelle modulation de la chaîne de valeur dans son ensemble, mais plutôt une desintermédiation de la relation entre touristes et locaux. Pour cela, il s’appuie sur une demande d’acculturation et de tourisme durable déjà existante en Europe en proposant à ces derniers de dormir non pas dans un hôtel mais chez l’habitant. Les différents logements proposés fonctionnent ainsi comme un parcours, traversant le Pérou de part en part, et assurant aux touristes une offre de qualité par une aide, un contrôle, et un suivi des conditions de logement proposées.

Leur développement et leur impact :

En 2007, Carlos ORIHUELA GONZALES décide de concrétiser ses idées en fondant Casas Del Perú, et la première chambre d’hôte voit le jour à Arequipa, dans le sud du pays, après des efforts de conditionnement et de communication. Et, grâce à un voyage en Europe où Carlos Orihuela Gonzales parfait ses connaissances sur le milieu du tourisme, Casas Del Perú entre (dans un nouvel) essor. En 2012, l’entreprise sort des sentiers battus pour s’installer en milieu rural. Rénovant des maisons en ville et en campagne, le réseau de chambres d’hôtes s’étend jusqu’à, un an plus tard, posséder son propre site internet — www.casasdelperu.com — et proposer plus d’une vingtaine de maisons où dormir.

In fine, le principe développé se concentre sur le déploiement d’une relation gagnant — gagnant. D’un côté un gain économique, de l’autre une volonté d’acculturation satisfaite. Mais l’échange ne s’arrête pas là. Avant de conclure ce point, des externalités positives font leur entrée en jeu. Passant de main en main sur un terrain circulaire, l’argent bénéficie d’arrêts de jeu, faisant le bonheur des joueurs, de l’arbitre, et des spectateurs. En somme, choisir de dormir chez l’habitant signifie tant aider ce dernier que ses voisins, surtout en zone rurale.

Leurs perspectives futures :

Le développement de Casas Del Perú reposa sur la rencontre entre besoin et envie, et bien que son histoire se dessina petit à petit, le projet perdure, et tout le monde y gagne. Grâce à l’aide de Rue des Enfants, qui relancera probablement une mission aux côtés de Carlos Orihuela Gonzales, Casas Del Perú pourra sans doute bénéficier d’une extension méritée et plus rapide. Evidemment, cet optimisme peut ne pas être partagé, mais sa légitimation se trouve dans son principe même : partir d’une relation gagnant — gagnant peu développée pour l’instant, tout en intégrant des prérogatives sociales de long-terme.

La question posée par Casas Del Perú dépasse le cadre national, pour s’inscrire dans un raisonnement plus général. Et maximiser l’utilité de son voyage semble rejoindre ce même schéma, en dépassant le cadre individuel pour s’inscrire dans une démarche collective. “Être subversif, c’est passer de l’individuel au collectif”, ajouterait Aimé Césaire.


SOURCES :

Chiffres :
– http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/ST.INT.ARVL
– http://www.sarpn.org/documents/d0002767/ODI_tourism_briefing-paper_Jun2007.pdf

Approfondir : 

http://unctad.org/meetings/fr/SessionalDocuments/ciem5d2_fr.pdf

=> Plus sur l’UNCTAD : http://unctad.org/en/Pages/aboutus.aspx

– http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/114000081.pdf
– https://www.odi.org/publications/4675-tourism-poverty-reduction


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